L’intestin est-il vraiment notre deuxième cerveau?
Stress, sommeil, humeur, énergie : comprendre les liens entre l’intestin et le cerveau.
Chaque année à l’arrivée des beaux jours, c’est la même chose.
Les articles sur la perte de poids, les régimes et les défis « objectif été » se multiplient.
Pourtant, derrière ces questions d’alimentation et de poids se cache un sujet bien plus fascinant :
Saviez-vous que votre intestin joue un rôle bien plus important qu’un simple organe digestif ?
Aujourd’hui, je vous propose de découvrir une connexion largement sous-estimée :
celle qui relie votre cerveau à votre intestin.
Je ne vous ferai pas de promesse de perte de poids ici, mais comprendre ce lien pourrait bien vous apporter davantage que ce que vous espériez trouver cet été 😉
L’intestin : bien plus qu’un simple organe digestif
Pendant longtemps, nous avons réduit l’intestin à un rôle digestif relativement simple.
Transformer les aliments, absorber les nutriments et éliminer les déchets : voilà comment la plupart d’entre nous imaginent son travail.
Il faut dire que ce mécanisme est l’un des plus étudiés de notre organisme et que ses grandes fonctions sont connues depuis des siècles.
Pourtant, même sur le seul plan digestif, le fonctionnement de l’intestin est bien plus complexe qu’il n’y paraît.
Avant de comprendre comment il communique avec notre cerveau, prenons quelques instants pour découvrir ce qui se passe réellement dans notre tube digestif.
Que fait réellement l’intestin ?
L’intestin fait partie du tube digestif.
Ce vaste « toboggan alimentaire » débute dans la bouche, passe par le pharynx, l’œsophage, l’estomac, puis l’intestin grêle et le gros intestin, avant de se terminer au niveau du rectum et de l’anus.
Dans son livre Le charme discret de l’intestin, Giulia Enders qualifie le tube digestif d’« architecte intérieur de nos entrailles », dont le chef-d’œuvre serait l’intestin.
Lorsque l’on découvre la complexité et l’ingéniosité de notre système digestif, on comprend assez vite ce qu’elle veut dire.
En effet, le fonctionnement de l’intestin est fascinant.
Après avoir été mastiqués, mélangés aux sucs digestifs et partiellement transformés dans l’estomac, les aliments poursuivent un voyage de plusieurs mètres à travers un organe capable d’absorber la plupart des éléments indispensables à notre survie.
C’est là que commence un travail considérable.
On résume souvent l’intestin à une sorte de broyeur chargé de transformer nos repas en “caca”(ce qui fait sourire, quel que soit notre âge).
En réalité, sa mission la plus importante est ailleurs.
L’intestin agit comme une immense plateforme logistique chargée de récupérer les nutriments dont notre organisme a besoin, de les faire passer dans la circulation sanguine et de fournir à nos cellules les ressources nécessaires à leur bon fonctionnement.
Bien sûr, cela ne signifie pas que l’élimination des déchets est anecdotique.
Les selles constituent l’aboutissement normal du processus digestif et participent elles aussi au bon fonctionnement de l’organisme.
Le transit intestinal, l’équilibre du microbiote et l’intégrité de la muqueuse intestinale jouent notamment un rôle important dans le maintien de notre équilibre immunitaire.
Comment fonctionne-t-il ?
Concrètement, comment fonctionne notre intestin?
Pour comprendre son rôle, imaginons le parcours d’un repas.
Une fois les aliments mastiqués puis transformés dans l’estomac, ils arrivent progressivement dans l’intestin grêle sous la forme d’une bouillie appelée chyme.
À ce stade, le travail est loin d’être terminé.
Le pancréas libère alors différentes enzymes digestives, de petites molécules spécialisées chargées de découper les aliments en éléments plus simples.
La bile, produite par le foie et stockée dans la vésicule biliaire, participe quant à elle à la digestion des graisses.
L’intestin peut alors récupérer progressivement les nutriments issus de cette digestion et, pour cela, il s’appuie sur une spécificité étonnante de notre anatomie.
À première vue, l’intestin ressemble à un simple tube.
Pourtant, si sa paroi était complètement lisse, il absorberait beaucoup moins efficacement les nutriments.
Pour augmenter sa surface de contact, la nature a trouvé une solution ingénieuse : elle l’a recouverte de millions de petits replis appelés villosités intestinales.
Grâce à elles, la surface d’absorption de l’intestin devient immense, ce qui lui permet de récupérer une grande partie des éléments dont notre organisme a besoin.
Ces petites structures augmentent considérablement la surface d’absorption et permettent le passage des nutriments vers la circulation sanguine.
Les vitamines, les minéraux, les sucres, les acides aminés et les acides gras peuvent ainsi être distribués dans l’ensemble de l’organisme afin d’alimenter nos cellules.
Au fil de son parcours, le contenu intestinal est peu à peu « essoré » de nombreux éléments utiles.
Ce qui ne peut plus être utilisé par l’organisme est progressivement compacté dans le gros intestin, également appelé côlon, pour former les selles qui termineront naturellement leur voyage dans nos toilettes.
Le microbiote : les habitants de notre intestin
L’intestin n’est pas seul à travailler.
Il est en effet aidé par plein de petits travailleurs permettant le fonctionnement de cette plateforme logistique: des bactéries, des virus, des levures et autres, qui ont un rôle essentiel dans la digestion et l’équilibre intestinal.
Ce fourmillement de petits bras constitue ce qu’on appelle le microbiote intestinal.
Le microbiote intestinal, plus communément appelé la flore intestinale, est composé de milliards de micro-organismes qui vivent naturellement dans notre tube digestif.
Ce qui est passionnant, c’est que chaque personne a un microbiote différent car il est influencé par notre environnement, notre alimentation et notre hygiène de vie.
Il se construit dès notre naissance et la façon même dont nous venons au monde peut l’influencer. La différence entre un accouchement par voie basse et une naissance par césarienne semble notamment jouer un rôle dans sa constitution (source en description ; ).
Je trouve cette idée fascinante : avant même notre premier repas, notre environnement commence déjà à façonner une partie de cet écosystème vivant.
En gros, c’est un peu comme notre empreinte digitale biologique. Toutes les étapes de notre vie ont une influence plus ou moins perceptible sur les bactéries, virus, champignons et autres micro-organismes que nous trouvons ensuite dans nos différents microbiotes, notamment notre microbiote intestinal.
Et ce fourmillement interne, propre à chacun, pourrait influencer bien davantage que notre digestion.
Les chercheurs s’intéressent aujourd’hui à son rôle potentiel dans notre immunité, notre métabolisme, notre niveau d’énergie et même certaines fonctions liées à notre cerveau, notamment notre santé mentale.
Pourquoi parle-t-on d’un deuxième cerveau ?
L’intestin joue donc un rôle bien plus vaste que la simple digestion des aliments.
Entre l’absorption des nutriments, l’élimination des déchets, les interactions avec notre système immunitaire et l’activité permanente de son microbiote, il apparaît déjà comme un organe particulièrement complexe.
Mais aussi impressionnant soit-il, ce rôle de plateforme logistique ne suffit pas à expliquer pourquoi les chercheurs s’y intéressent autant aujourd’hui.
Depuis plusieurs décennies, une découverte a profondément changé notre façon de voir l’intestin.
Les scientifiques ont en effet constaté qu’il ne se contente pas de digérer, d’absorber et de protéger notre organisme :
il possède également son propre système nerveux, composé de centaines de millions de neurones.
Une découverte étonnante qui explique pourquoi certains chercheurs le surnomment aujourd’hui notre « deuxième cerveau ».
Le système nerveux entérique
Depuis plusieurs décennies, les chercheurs s’intéressent à une particularité étonnante de notre anatomie :
notre tube digestif contient entre 200 et 500 millions de neurones.
L’étude de ce vaste réseau nerveux a conduit à la définition du système nerveux entérique, parfois surnommé notre « deuxième cerveau ».
À première vue, cette appellation peut sembler surprenante.
Pourtant, ce n’est pas uniquement le nombre impressionnant de neurones qui a valu ce surnom à l’intestin. Ce qui est fascinant aujourd’hui, c’est surtout que ce système nerveux possède une certaine autonomie et est capable de gérer de nombreuses fonctions digestives sans solliciter en permanence notre cerveau.
Le terme « deuxième cerveau » est toutefois un peu trompeur.
L’intestin ne réfléchit pas, ne raisonne pas et ne prend pas de décisions complexes comme notre cerveau.
Il ne possède ni conscience, ni mémoire, ni capacité de réflexion.
Alors pourquoi utilise-t-on parfois cette expression ?
Parce que ce système nerveux est capable de traiter certaines informations, d’adapter son fonctionnement à son environnement et de coordonner de nombreuses fonctions digestives sans demander en permanence l’autorisation du cerveau.
C’est presque une anomalie quand on voit le fonctionnement du reste de notre corps.
La présence de millions de neurones dans le système digestif est également perturbante !
Lorsqu’on entend parler de “neurone”, on associe systématiquement ce terme au cerveau. En trouver en aussi grosse quantité dans une partie de notre anatomie qui, en principe, en est éloignée, a sûrement contribué à cette appellation.
Pourquoi est-il logique que l’intestin possède autant de neurones ?
Alors pourquoi notre organisme a-t-il installé entre 200 et 500 millions de neurones dans notre tube digestif ?
Tout simplement parce que la digestion est un processus beaucoup plus complexe qu’il n’y paraît.
Le système nerveux entérique participe notamment à la progression des aliments dans le tube digestif, à la régulation de certaines sécrétions digestives et à l’absorption des nutriments.
Mais son rôle ne s’arrête pas là.
Il doit également surveiller l’environnement intestinal, gérer les interactions avec les milliards de micro-organismes qui composent notre microbiote, détecter certaines substances potentiellement irritantes ou nocives et dialoguer avec notre système immunitaire.
Autrement dit, il coordonne une partie considérable du travail réalisé quotidiennement par notre intestin.
Vu sous cet angle, la véritable question n’est peut-être pas de savoir pourquoi l’intestin possède autant de neurones, mais plutôt comment il pourrait fonctionner efficacement sans eux.
Pendant longtemps, les chercheurs pensaient que le cerveau central pilotait seul l’ensemble de notre organisme.
La découverte d’un réseau nerveux aussi développé au sein du tube digestif a profondément changé cette vision.
Sa mission principale est de nous permettre de digérer convenablement ce que nous mangeons grâce à la motricité intestinale, c’est-à-dire aux contractions des muscles du tube digestif qui permettent aux aliments et aux liquides de progresser tout au long de leur parcours.
Le système nerveux entérique est également capable de percevoir, d’interpréter et de réagir à différents signaux provenant de l’intestin. Il peut notamment détecter la présence de substances irritantes, de toxines ou de certains agents pathogènes.
Lorsqu’il identifie une situation nécessitant une réponse, il est capable d’adapter localement son fonctionnement, par exemple en favorisant la production de mucus protecteur.
Cette autonomie est l’une des raisons pour lesquelles certains chercheurs parlent aujourd’hui d’un « deuxième cerveau ».
Comment l’intestin et le cerveau communiquent-ils ?
Aussi autonome que soit ce deuxième cerveau, il ne travaille pas seul.
Il échange en permanence des informations avec le reste de l’organisme, notamment avec notre système immunitaire, notre microbiote et, bien sûr, notre cerveau.
Son autonomie est donc toute relative : pour fonctionner efficacement, il entretient un dialogue constant avec le reste du corps, et en particulier avec notre cerveau.
Et c’est précisément cette communication permanente qui nous fascine aujourd’hui.
Le système nerveux entérique joue un rôle central dans les échanges entre notre système digestif et le reste de notre organisme.
On pourrait presque le comparer à un excellent gestionnaire local : capable de prendre certaines décisions par lui-même, tout en restant en contact permanent avec le centre de commandement.
Ce qui est le plus surprenant, c’est que ces échanges ne fonctionnent pas dans un seul sens.
Le cerveau influence l’intestin.
Mais l’intestin influence lui aussi le cerveau.
Il ne s’agit donc pas d’une relation hiérarchique dans laquelle le cerveau donnerait des ordres à l’intestin. Les deux organes échangent continuellement des informations et s’adaptent en permanence l’un à l’autre.
Comment cette communication s’organise-t-elle?
Le nerf vague
Le nerf vague est le plus long des nerfs crâniens. Il relie le cerveau à de nombreux organes, dont le cœur, les poumons et le tube digestif.
Dans le cadre de l’axe intestin-cerveau, il joue un rôle essentiel puisqu’il permet la transmission rapide d’informations entre les deux organes.
On le compare souvent à une véritable autoroute de communication : il transporte en permanence des signaux dans les deux sens, du cerveau vers l’intestin mais aussi de l’intestin vers le cerveau.
Les chercheurs s’intéressent particulièrement à ce nerf car il semble jouer un rôle important dans de nombreux mécanismes impliquant la digestion, l’inflammation, le stress et certaines fonctions cérébrales.
Les hormones
Les hormones sont des sortes de messagers chimiques produits par différentes glandes et cellules de notre organisme.
Une fois libérées dans le sang, elles transportent des informations vers d’autres organes afin d’adapter leur fonctionnement aux besoins du moment.
On peut les comparer à des notes de service circulant en permanence entre les différentes structures du corps : certaines signalent un besoin d’énergie, d’autres participent à la gestion du stress, du sommeil, de l’appétit ou encore de la reproduction.
Dans le cadre de l’axe intestin-cerveau, les hormones constituent donc un moyen de communication particulièrement efficace.
Elles permettent notamment de transmettre des informations liées à la faim, à la satiété, au stress ou à l’état général de l’organisme.
C’est pourquoi une modification de l’équilibre hormonal peut avoir des répercussions sur notre digestion, notre sommeil, notre humeur, notre énergie ou encore nos comportements alimentaires.
Le système immunitaire et le microbiote
Comme nous l’avons vu plus haut, notre système digestif abrite des milliards de micro-organismes qui composent notre microbiote intestinal.
Loin d’être de simples passagers, ces bactéries, virus, levures et autres micro-organismes interagissent en permanence avec notre organisme et participent notamment au bon fonctionnement de notre système immunitaire.
Ce dialogue permanent entre le microbiote, l’intestin et les cellules immunitaires constitue aujourd’hui l’un des domaines de recherche les plus actifs concernant l’axe intestin-cerveau.
Les chercheurs s’intéressent notamment aux nombreuses molécules produites ou influencées par ces interactions, certaines d’entre elles semblant capables de participer à la communication entre le système digestif et le cerveau.
Même si de nombreuses questions restent encore à explorer, les données actuelles suggèrent que le microbiote est bien plus qu’un simple acteur de la digestion :
il participerait également à ce vaste réseau d’échanges impliquant l’intestin, le système immunitaire et le cerveau.
L’axe intestin-cerveau est donc une structure fascinante qui repose sur de nombreux échanges entre différentes parties de notre organisme.
Plutôt qu’un chef donnant des ordres à ses subordonnés, il faut l’imaginer comme une conversation permanente.
Chaque acteur écoute, transmet des informations et adapte son comportement en fonction des messages reçus.
Cette vision est bien différente de l’image d’un cerveau dirigeant seul l’ensemble du corps. Elle nous rappelle que notre organisme fonctionne avant tout comme un système coopératif.
Quand l’intestin influence notre quotidien
Notre corps est donc piloté par un ensemble d’acteurs travaillant en symbiose.
La plupart du temps, cette coopération nous permet simplement de fonctionner normalement sans que nous en ayons conscience.
Mais il arrive aussi que ces interactions deviennent plus visibles et influencent certaines facettes de notre quotidien.
Stress, sommeil, humeur, niveau d’énergie ou encore certaines sensations physiques : de nombreuses observations suggèrent aujourd’hui que ces phénomènes pourraient être liés, au moins en partie, au dialogue permanent entre l’intestin et le cerveau.
Dans cette partie, nous allons voir quelques exemples concrets.
Le stress
Le stress est généralement défini comme un état de tension physique ou mentale qui apparaît lorsque notre organisme perçoit une situation comme difficile, incertaine ou potentiellement menaçante.
Contrairement à ce que l’on pense parfois, le stress n’est pas forcément une mauvaise chose. À court terme, il constitue même un mécanisme d’adaptation particulièrement utile. Il nous permet de mobiliser notre attention, notre énergie et nos ressources pour faire face à une situation donnée.
Mais ce n’est pas parce qu’une réaction est normale qu’elle est forcément confortable.
Avez-vous déjà eu l’estomac noué avant un examen important ? Perdu l’appétit après une émotion forte ? Ou ressenti des troubles digestifs pendant une période particulièrement stressante ?
Ces réactions illustrent parfaitement le dialogue permanent entre le cerveau et le système digestif.
Lorsqu’une situation est perçue comme stressante, de nombreux signaux sont échangés entre le cerveau, les hormones, le système nerveux et l’intestin. Le fonctionnement digestif peut alors être temporairement modifié, entraînant parfois des sensations très concrètes : nausées, douleurs abdominales, perte d’appétit ou perturbations du transit.
Chez certaines personnes, notamment chez les enfants, cette connexion peut même prendre une forme plus surprenante avec les migraines abdominales. Ces épisodes se manifestent principalement par des douleurs abdominales, parfois associées à des nausées ou des vomissements, sans qu’une autre cause digestive évidente ne soit retrouvée.
Même si leurs mécanismes exacts restent encore étudiés, ces migraines semblent partager certains points communs avec les migraines classiques et peuvent être favorisées par des périodes de stress, d’anxiété ou de fatigue.
Ces exemples nous rappellent que les émotions, le cerveau et le système digestif sont beaucoup plus étroitement liés qu’on ne l’imagine souvent.
Le sommeil
Le sommeil occupe une place particulière dans notre fonctionnement. Chaque nuit, notre organisme profite de cette période de repos pour effectuer une multitude d’ajustements indispensables à son bon fonctionnement.
On pourrait presque le comparer à une mise à jour quotidienne de notre système biologique.
Pendant que nous dormons, de nombreux mécanismes participent à la récupération physique, à la consolidation de la mémoire, à l’équilibre émotionnel et à la régulation de nombreuses hormones impliquées dans notre énergie, notre appétit ou encore notre métabolisme.
Lorsque le sommeil est insuffisant ou de mauvaise qualité, cet équilibre peut être perturbé.
Une mauvaise nuit peut ainsi influencer l’appétit, augmenter certaines envies alimentaires et modifier la façon dont notre organisme gère son énergie. Cela s’explique notamment par l’action de certaines hormones impliquées dans la régulation de la faim et de la satiété.
Après une nuit trop courte ou de mauvaise qualité, l’équilibre entre ces différents messagers chimiques peut être modifié. Beaucoup de personnes constatent alors une augmentation de l’appétit, une attirance plus importante pour les aliments riches en sucre ou en matières grasses, ou encore une sensation de fatigue plus difficile à compenser.
Ces mécanismes illustrent une nouvelle fois à quel point le sommeil, les hormones, le cerveau et le système digestif fonctionnent en étroite collaboration.
Une mauvaise nuit n’agit donc pas uniquement sur notre niveau de fatigue :
elle peut également influencer notre comportement alimentaire, notre humeur et notre perception de l’effort tout au long de la journée.
Humeur et énergie
De la même façon que le stress et le sommeil peuvent influencer notre comportement alimentaire, ils peuvent également agir sur notre humeur et notre niveau d’énergie.
Nous avons souvent tendance à séparer les symptômes physiques des manifestations psychologiques, comme s’il s’agissait de deux mondes distincts.
Pourtant, comme nous l’avons vu tout au long de cet article, notre organisme fonctionne avant tout comme un ensemble de systèmes en interaction permanente. Les émotions, le cerveau, les hormones, le système immunitaire et le système digestif communiquent continuellement entre eux.
Vous l’avez peut-être déjà constaté vous-même : une douleur physique peut affecter le moral, tandis qu’une période difficile sur le plan émotionnel peut se traduire par des tensions musculaires, une sensation de fatigue ou une baisse d’énergie.
Cette relation fonctionne dans les deux sens et illustre une nouvelle fois à quel point notre corps et notre esprit sont intimement liés.
C’est notamment ce qui pousse aujourd’hui les chercheurs à explorer les liens entre le microbiote intestinal, le cerveau, l’humeur et la sensation de fatigue. Même si de nombreuses questions restent encore ouvertes, ces travaux nous rappellent une chose essentielle : notre énergie et notre équilibre émotionnel dépendent rarement d’un seul facteur.
Ils résultent plutôt d’une multitude d’interactions impliquant notre quotidien, notre environnement, notre mode de vie, et la façon dont notre organisme s’adapte en permanence à ces différentes contraintes.
Et la vision dans tout ça ?
Lorsque l’on parle de l’axe intestin-cerveau, on pense rarement à la vision.
Pourtant, notre système visuel dépend lui aussi du bon fonctionnement de nombreux mécanismes impliquant le cerveau, les hormones, l’énergie disponible et l’état général de l’organisme.
C’est d’ailleurs ce qui explique l’intérêt croissant de certains professionnels de la vision pour ces sujets.
Lors des derniers Congrès d’Optométrie et de Contactologie (COC), plusieurs interventions ont notamment évoqué l’importance des interactions entre nutrition, inflammation, cerveau et fonctions visuelles.
Dans la pratique, nous observons régulièrement que certaines personnes décrivent des fluctuations de leur confort oculaire ou de leur vision en fonction de leur niveau de fatigue, de leur qualité de sommeil ou de périodes particulièrement stressantes.
La sécheresse oculaire illustre également cette complexité. Si elle dépend de nombreux facteurs locaux, elle semble aussi influencée par l’état général de l’organisme, l’environnement, les hormones ou encore certains mécanismes inflammatoires.
Cette approche dépasse aujourd’hui largement le cadre de la digestion. Plusieurs équipes de recherche cherchent notamment à mieux comprendre comment l’alimentation, le sommeil, l’inflammation ou certains mécanismes hormonaux pourraient influencer de nombreuses fonctions de l’organisme, y compris certaines fonctions visuelles.
Parmi les sujets étudiés figurent notamment la progression de la myopie, le stress, l’anxiété ou encore l’équilibre lacrymal.
Même si de nombreuses questions restent encore ouvertes, cette approche illustre une évolution importante de notre compréhension du corps humain : les différents systèmes de notre organisme ne fonctionnent pas isolément mais en interaction permanente.
En bref
Le dialogue entre nos deux cerveaux
Si vous êtes arrivé jusqu’ici, vous avez probablement compris que l’intestin est bien plus qu’un simple organe chargé de digérer nos repas.
Grâce à son système nerveux, à son microbiote et aux nombreuses voies de communication qui le relient au cerveau, il participe à un dialogue permanent impliquant une grande partie de notre organisme.
Stress, sommeil, humeur, énergie, comportement alimentaire ou encore certaines fonctions visuelles : ces différents domaines, que nous avons longtemps étudiés séparément, semblent en réalité beaucoup plus connectés que nous l’imaginions.
Cela ne signifie pas que tout s’explique par l’intestin ou le microbiote. Les mécanismes en jeu restent complexes et de nombreuses questions demeurent encore ouvertes.
Mais une chose apparaît de plus en plus clairement : notre corps ne fonctionne pas comme une succession d’organes indépendants.
Il repose sur un ensemble de systèmes qui communiquent, s’adaptent et coopèrent en permanence.
Finalement, la véritable question n’est peut-être pas de savoir si l’intestin est notre deuxième cerveau, mais plutôt de comprendre à quel point il participe à cette immense conversation qui permet à notre organisme de fonctionner chaque jour.
Dans un prochain article, je vous proposerai quelques pistes pour mieux comprendre comment prendre soin de la connexion entre vos deux cerveaux au quotidien.
Pour aller plus loin
Les Sources
Sources scientifiques
Définition du microbiote
https://www.inserm.fr/dossier/microbiote-intestinal-flore-intestinale/
Bordeaux Neurocampus
Fructose et santé mentale : quand l’intestin parle au cerveau
https://www.bordeaux-neurocampus.fr/fructose-et-sante-mentale-quand-lintestin-parle-au-cerveau/
Sanofi Campus
Microbiote et pathologies mentales : où en est-on ?
https://pro.campus.sanofi/fr/microbiote/articles/microbiote-et-pathologies-mentales-ou-en-est-on
Inserm – Nantes Université
Marchix J., Le Dréan M.E., Neunlist M., Boudin H.
L’axe microbiote-intestin-cerveau, un ménage à trois.
Inserm, CHU Nantes, Nantes Université, 2023.
Inserm
Santé mentale : le nerf vague lie microbiote et dépression
https://www.inserm.fr/actualite/sante-mentale-le-nerf-vague-lie-microbiote-et-depression/
Institut Pasteur
Le microbiote intestinal participe au fonctionnement du cerveau et à la régulation des humeurs
https://www.pasteur.fr/fr/espace-presse/documents-presse/microbiote-intestinal-participe-au-fonctionnement-du-cerveau-regulation-humeurs-0
Sources Professionnelles
Bibliothèque de contenus de l’AOF (Association des optométristes de France)
Congrès d’Optométrie et de Contactologie (COC)
Le coin lecture
Enders, Giulia
Le charme discret de l’intestin : tout sur un organe mal aimé.
Actes Sud, 2015.
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Très bien cet article !